21 Juin

LA TERRE EST UN TAMBOUR

Dans les cavernes du Vercors, je réalise que le calcaire est un empilement de restes du vivant: corail, coquilles, os, entassés…

“Et puis mon pas comme un tambour, ma densité comme une question.
Ma carcasse résonne avec celles comprises dans le roc:
Sommes-nous si friables?”

Visuel La terre est un tambour 4-2.jpg

La terre est un tambour (Questions karstiques)

Roche calcaire,
Fille de la vie:
Un sacré paquet d’os!
Des tas de coquilles,
La structure du corail,
La colonne du corail.
Combien d’additions? Combien d’unités,
Entassées là pour accoucher de cette haute falaise?
L’eau a roulé ses ossements,
Sur des miliers de temps,
À contre-temps,
Le courant a crée des colonies
Qui se sont oubliées là,
Puis fondues les unes aux autres.
Et l’eau s’en est allée,
Nous laissant seuls sur le vaisseau.
Pour tuer le temps nous avons forcé l’entrée,
Ou plutôt,
Nous nous sommes faufilés
Par une sortie de rivière disparue
Qui coulait à contre-sens.
Et puis mon pas comme un tambour,
Ma densité comme une question.
Ma carcasse résonne avec celles
Comprises dans le roc:
Sommes-nous si friables?
Combien de lunes faut-il
Pour se souder si solidement à d’autres os?
Boum, boum.
Et mon pas, encore,
dans le ventre du tambour.
Cette fois, il réveille l’oreille
Qui mesure maintenant des centaines de métres,
Des kilométres,
Dans la direction horizontale,
Vers le bas, très bas,
Encore plus loin que les restes d’écho.
Et même si bas, si sombre, si dur,
La matière continue sa mutation,
Tranquillement, très tranquillement,
Avec parfois des ruptures, un vacarme
Qui passe comme un frôlement d’ailes.
De nouvelles cavités.
Des cavités remplies,
Le mélange du sable et des arbres.
L’eau taille sa route
En forme de labyrinthe.
Et nous, plus tard,
dans son lit:
Et nous,
descendant(s),
là.